Alexis Molostoff

En quête de légitimité

Première rencontre, en début de formation (mai 2015)

 

Alexis Molostoff

Les diplômes ne donnent pas forcément de l’assurance, comme en témoigne l’expérience d’Alexis Molostoff. Unique bachelier parmi les jeunes en formation CQP, Alexis est aussi passé par la fac, où il a démarré une licence Economie et gestion. Mais en deuxième année, le jeune homme est peu motivé – il aurait préféré suivre un BTS qui lui a été refusé. « Quand on m’a proposé de devenir animateur pour une cantine de La Tronche, j’ai été surpris car je pensais qu’il fallait être formé, mais j’ai été pris, en mars 2013. » Un bon contact avec les enfants, une bonne ambiance avec les collègues, un doute sur ce qu’il pourrait faire d’autre : Alexis accepte de poursuivre l’expérience l’année suivante, entre cantine, périscolaire et centre de loisirs. « Mais je pensais toujours reprendre des études », se souvient-il.

Sentiment d’injustice

En quête de formation, Alexis démarre un BAFA en juillet 2013. Quand sa directrice lui parle des Emplois d’Avenir, il s’enthousiasme, avant de déchanter : son bac le rend inéligible. « J’ai donc signé un Contrat d’aide à l’emploi d’un an renouvelable avec les Francas, limité à 24 heures hebdomadaires, contre 35 heures pour un Emploi d’Avenir, regrette-t-il. J’ai senti une forme d’injustice car on m’a toujours dit de passer mon bac, et aujourd’hui cela me dessert par rapport aux autres. »

Heureusement, dit Alexis, il y a la formation. « Je n’aurais jamais pu me la payer », confie-t-il. Curieux mais circonspect au démarrage du CQP, le jeune animateur a vite été convaincu : « C’est plus sérieux que je ne pensais, et très intéressant. Je croyais que mes deux ans d’expérience m’avaient beaucoup appris : je m’étais trompé. Je suis agréablement surpris d’apprendre encore énormément en formation.»

Animateur en devenir

Désormais, Alexis est pressé d’appliquer sur le terrain les apprentissages de la formation. « J’apprécie énormément les intervenants, très professionnels, qui nous font découvrir des activités et des méthodologies de travail. À la fin de la journée, je me sens capable de reproduire ce qu’on a appris avec les enfants. Mais en pratique, il faut commencer par tester de petites choses : je vais surtout mieux préparer mes activités, et envisager les choses de manière plus professionnelle. »

Car le jeune homme le confie : jusqu’ici, il avait du mal à se sentir vraiment animateur. Question de légitimité : « Pour moi, il faut être formé pour exercer un métier. » Et d’attendre avec impatience les premières unités de certification. « Quand j’aurai réussi, je pourrai dire : je suis animateur, je suis capable. Aujourd’hui, même si je sais que j’ai les capacités, je doute encore. » Un doute qui sera bien vite levé, pour permettre à Alexis d’aller plus loin. Il envisage déjà un BPJEPS, « pour grimper les échelons, prétendre à un poste de directeur et vivre de ce métier. » La voie est tracée.

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Deuxième rencontre, en cours de formation (octobre 2015)

Un peu moins de doutes

Prudent, Alexis Molostoff le reste même après la validation de deux unités de certificat sur trois. Comme si les doutes persistaient sur sa légitimité à exercer le métier d’animateur, en dépit de ses évidentes qualités. « Oui c’est vrai, aujourd’hui je me sens animateur, mais tout n’est pas encore évident pour moi, reconnaît-il. Je dois encore me prouver certaines choses pour être convaincu. » Lui qui avait trouvé « fou » de s’occuper d’enfants sans qualification, lors de son recrutement, a trouvé avec la formation une confiance et une légitimation bienvenues. Sans oublier le contenu du CQP, que cet ex-étudiant apprécie comme il se doit : « A mes débuts, je pensais que l’objectif de l’animateur était d’animer, explique-t-il. Pendant la formation, on a travaillé sur l’aspect éducatif, et cela m’a aidé dans ma pratique : non seulement je parviens à animer, mais à mettre du sens dans mon animation… même si j’ai encore des doutes. »

Mise en pratique

Pour son projet pratique, Alexis travaille à la mise en place d’un conseil d’enfants durant le temps péri-scolaire, « pour prendre en compte leur avis et leurs envies dans les activités », indique-t-il. Election de délégués, adoption de règles de vie communes et respect de celles-ci sont au programme de l’animateur. « On a quelques problèmes de violences verbales, relève Alexis. Les enfants se respectent moins, on sent l’influence de la télé-réalité. J’espère que s’ils adoptent eux-mêmes des règles de vie, ils les respecteront mieux. »

Pour la suite, Alexis envisage toujours de préparer un BPJEPS, dans la foulée du CQP, pour profiter de son élan, et de deux unités de certificat valides pour le brevet. Il espère obtenir un contrat à temps plein, comme les autres jeunes recrutés en Emplois d’Avenir. A plus long terme, il se projette toujours comme coordinateur ou responsable, mais, en vertu de sa grande prudence, « seulement après avoir vécu d’autres expériences et acquis la maturité et les aptitudes nécessaires. » Pas à pas, il en prend le chemin.

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