Victor Dufat-Bonino

Retour gagnant à l’école

Première rencontre, en début de formation (automne 2014)

V. Bufat-Bonino

Pour Victor Dufat-Bonino, l’école a longtemps été un mauvais souvenir. Lycéen en seconde professionnelle à Bourgoin-Jallieu, il abandonne en cours de route, en 2013, et traverse une période confuse. Tente un CAP Cuisine, mais n’accroche pas, fait quelques stages qui lui donnent confiance dans le milieu professionnel, cherche des petits boulots alimentaires, se cherche aussi. « J’avais envie de devenir kiné ou éducateur spécialisé, mais sans le bac, impossible, se souvient-il. Avec l’aide de la Mission locale qui me suivait depuis ma sortie du lycée, je suis allé voir ma mairie, à Salagnon, où un jeune venait de laisser son poste. »

Trouver sa place…

Recruté en Emploi d’Avenir en juin 2014, Victor est affecté aux espaces verts durant l’été. A la rentrée, la mairie crée les Temps d’animation péri-scolaires pour la quarantaine d’enfants de l’école primaire et lui propose de se lancer, aux côtés de deux autres agents. « J’ai connu le centre aéré dans mon enfance, mais je n’avais pas d’expérience d’animation concrète, je me suis donc senti un peu perdu au début », confie-t-il. Mais le courant passe entre les écoliers et le jeune homme, qui envisage sa situation avec une lucidité surprenante pour un néophyte : « J’ai 19 ans, et je craignais un peu que les enfants ne me prennent pour leur copain, je leur ai vite expliqué que ce n’était pas le cas et spontanément j’ai trouvé la bonne place. » Ni copain ni grand frère, Victor est cependant proche des enfants, qui se confient à lui, pour son plus grand plaisir : « Cette relation me plaît et confirme mon envie de travailler dans un secteur humain et social ».

… et sa voie

Victor a démarré la formation pour le CQP en janvier 2015, sur proposition de la mairie. Un diplôme pour lui qui n’en avait pas : il a tout-de-suite accepté. « J’avais envie de voir si je pourrais à nouveau me faire à l’école, analyse-t-il. Cela me plaît aujourd’hui, parce que j’ai mûri. » Sans oublier l’intérêt pour de nouvelles façons d’aborder sa mission : « Pour moi, l’animation consistait essentiellement à jouer avec les enfants ou à leur lire une histoire ; mais je découvre maintenant l’aspect pédagogique des activités : on ne les fait par pour rien, mais avec des objectifs. » Et le jeune homme de confier : « J’aimerais passer un diplôme d’Etat de moniteur-éducateur en alternance, et ensuite, suivre un cursus pour présenter le concours d’éducateur spécialisé. » Quand on lui fait remarquer que cela représente quatre à cinq ans d’études, il répond, motivé : « Je ne suis plus obligé d’aller à l’école, mais j’ai envie de continuer ». C’est tout ce qu’on lui souhaite.

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Deuxième rencontre, en fin de formation (juillet 2015)

La première marche

Arrivé en fin de parcours de formation, Victor Dufat-Bonino peut le dire : cette expérience lui a remis le pied à l’étrier. Lui qui avait eu tant de mal avec l’école a repris goût au travail personnel : « Je n’ai plus peur de m’asseoir derrière un bureau », résume-t-il en souriant.

D’abord, parce qu’il a pu mesurer concrètement les bénéfices des cours, dans sa mission d’animateur péri-scolaire : « J’ai appris ce qu’on pouvait faire ou pas, pour être conforme à loi, explique-t-il. Mais j’ai aussi découvert comment régler les conflits entre enfants, et j’ai pu réagir correctement. Enfin, je trouve ça plus facile et plus intéressant de construire une activité en se fixant des objectifs. » Surtout, le CQP lui a redonné une motivation et une confiance jusque là un peu écornées. « Ça a été un déclic : je n’ai plus peur de me projeter dans l’avenir maintenant », confie-t-il.

Concours

L’avenir, pour Victor, suit la voie qu’il a choisie depuis un moment déjà. « Je veux toujours aller vers le social et devenir éducateur », confirme-t-il, plus décidé que jamais. Pour passer de l’animation péri-scolaire aux métiers qui l’intéressent, il sait qu’il va falloir fournir de nouveaux efforts. « Il y a deux ou trois ans de prépa avant de passer le concours de moniteur-éducateur, je suis motivé pour ça, quitte à travailler à mi-temps pour bien me préparer. » Avec l’aide de la Mission locale de Bourgoin-Jallieu, Victor se renseigne sur ce concours et la formation de préparation. Ensuite, si tout se passe comme il le souhaite, il ira vers l’alternance durant deux nouvelles années. Rien pour le rebuter, au contraire. « Le CQP, c’est mon premier diplôme, la première marche : après, il y en aura d’autres », assure-t-il. C’est ce qui s’appelle avoir retrouvé la confiance en soi.

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